MISTINGUETT

Jeanne Florentine Bourgeois (avouez que c’est quand même moins glamour que Mistinguett) nait le 3 avril 1875 rue du Chemin de Fer à Enghien les Bains, de parents ne roulant pas franchement sur l’or mais gardant des barrières. La rue du Chemin de Fer, vous dis-je, pas tout à fait ni presque un Eldorado ou la Riviera.

Mistinguett, les débuts

La carrière de Mistinguett démarre en 1885, quand après sa rencontre avec Alice Ozy, actrice spécialisée dans le vaudeville avec laquelle elle suit des cours de danse et de théâtre (pour faire joliment bouger son corps) et de maintien (pour le faire tenir en place de temps en temps), elle prend le train pour Paris où elle doit recevoir des leçons de violon à l’Opéra. Dans ce train, mais oui, Mistinguett rencontre le responsable de revue du Casino de Paris, celui-ci l’engage immédiatement … Incroyable, comme ça, parfaitement par hasard. Prenez le train pour Paris si vous n’y croyez pas, depuis Enghien, et vous verrez bien. Et puis surtout restez bien souple en attendant et faites de l’exercice.

L’origine de son nom d’artiste

Le 5 décembre 1893, Mistinguett monte sur scène, où elle chante La Môme du Casino. On se demande bien de qui elle parle. Elle cherche sa voie (de chemin de fer ?), sa voix et puis aussi un nom pour se faire connaître. Le gars du train, Saint-Marcel pour ne pas le nommer (celui-là, au moins, il a pris des garanties sur sa fête), lui offre le surnom de Miss Hélyett (s’inspirant de l’héroïne de l’opérette du moment Miss Helyett, qui cartonne sévèrement aux Bouffes-Parisiens depuis plusieurs années), transformé bien vite en Miss Tinguette, et donc Mistinguette, retirant le “e” final parce que ça renforce le visuel et que ça fait plus angliche yes ma soeur. Selon un article paru en 1939, son pseudonyme de Miss Tinguette aurait été inspiré à Saint-Marcel en chantant l’air de La Vertinguette, une de ses chansons à succès du moment. C’est en chantant la Mistinguo la Mistinguette qu’elle serait devenue Miss Tinguette, puis Mistinguett tout simplement.

Mistinguett, chanteuse de variété française, donc, passe plus tard au Trianon-Concert dans “Max, Ah c’que t’es rigolo, mais sans franchement casser la baraque.

Le succès


Encore plus tard, approximativement de 1897 à 1907 ce qui fait 10 ans, elle se produit à l’Eldorado (ha, enfin !) en mode comique-gigolette, et découvre progressivement comment se comporter sur une scène. Comme sa voix n’est pas tout à fait capable de toucher le ciel mais bien de le gratter un peu, elle compense avec des postures bien à elle et un peu de fantaisie, sa gouaille qui deviendra légendaire et quelques mouvements de danse appris avec Alice Ozy. Elle atteint ses objectifs de carrière, puisque le succès la rattrape finalement, et puis ce foutu public se prend tout de même au jeu et se met semble t’il à l’aimer. Elle se lance sur la scène du Moulin-Rouge avec « La Revue de la Femme », et celle qui deviendra une légende se révèle au grand jour. L’année suivante on retrouve Mistinguett dans « La Valse chaloupée », toujours au Moulin-Rouge, qui fait un gros carton.

 

Mistinguett, elle n’a pas une langue de bois dans sa poche, et la vie lui a appris à manier la formule qui fait mouche. On pouvait déjà parler de la banlieue, alors, et Minstinguett en parlait d’ailleurs en parfaite connaissance de cause. Et tout n’était pas rose, comme l’ont chanté bien plus tard de fameux et parfaits Inconnus

Maurice Chevalier dans sa vie

Enfin, c’est La Valse renversante et l’arrivée fracassante de Maurice Chevalier dans sa vie, en 1912. Ceux que la presse d’alors appelle « les danseurs obsédants », rien que ça, sont partis pour un grand amour qui durera dix ans …

Mistinguett accouche d’un enfant naturel, Léopold-Marcel-Jean, reconnu par son père bien plus tard ce qui n’a strictement aucune importance.

Mistinguett et le cinéma

1908, ce sont les débuts au cinéma, où elle tourne L’Empreinte ou la Main rouge de Paul-Henry Burguet. Puis, alternant le théâtre ou le cinéma, elle devient progressivement la Mistinguett que l’on connaît, et elle le restera jusqu’au bout d’une belle et longue carrière. Au cinéma, elle aura joué devant la caméra de nombreux réalisateurs.

Mistinguett l’espionne !

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Maurice Chevalier est blessé au front (ben oui, mais où ?) et fait prisonnier en Allemagne (ce qui a dû lui laisser des mauvais souvenirs, parce qu’après il s’est un peu méfié, parait-il). Voulant le faire libérer, Mistinguett se porte volontaire pour jouer le rôle d’espionne. Le tout, c’est de ne pas connaître le même sort que Mata Hari …). Elle est recrutée par le général Gamelin et est de ce fait autorisée à circuler librement en Europe (enfin, pas partout quand même) et recueille un grand nombre de renseignements de la bouche même du prince de Hohenlohe qui séjourne alors à Berne, ou directement du roi Victor-Emmanuel III en Italie. Ha, les mondanités, ça vous ouvre bien des portes ! Ses talents l’aident à faire libérer son amant en 1916, aidée par ses excellentes relations avec le roi d’Espagne Alphonse XIII. Vous avez vu ça quand même …

À compter de 1916, elle prend sous son aile un tout jeune affichiste de 16 ans appelé Charles Gesmar. Jusqu’à sa mort d’une pneumonie foudroyante en 1928, ce dernier aura dessiné pour Minstinguett un grand nombre d’affiches et de costumes qui feront sa renommée. Après le départ du beau Maurice, il était même devenu une sorte de confident pour Mistinguett, au point d’habiter sur son palier et de la surnommer « Maman ». Mistinguett en éprouvera énormément de chagrin.

En 1918, Mistinguett se retrouve au Casino de Paris où elle prend la succession de Gaby Deslys.

Revues, opérettes, films…

Mistinguett chanteuse
Dans les années 1920, Mistinguett enchaîne succès sur succès dans les opérettes, notamment avec la revue Ça, c’est Paris. Durant cette période, Mistinguett est d’ailleurs LA Miss des grandes revues, celles qui font accourir le « tout Paris ».

Devenue cette gloire nationale que nous connaissons encore aujourd’hui, elle tourne en 1936 son premier film parlant, Rigolboche. N’y voyez surtout pas d’allusions prémonitoires mal placées, ce film était en fait une œuvre musicale réalisée en hommage à une célèbre danseuse de French Cancan du Second Empire, de son vrai nom Marie-Marguerite Badel.

Adieu Mistinguett

Mistinguett meurt le 5 janvier 1956 à Bougival des suites d’un AVC, à presque 81 ans. Après une cérémonie réunissant le gotha de la scène parisienne et ses nombreux amis à l’Eglise de la Madeleine de Paris, elle est enterrée avec ses « belles gambettes » dans sa ville natale, Enghien les Bains.

écrit par Yves

ma chanson française

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